Décès du P. Adrien

Père Adrien GACHITEGUY (1921-2018)

Père Adrien à l'église

Père Adrien Gachiteguy naquit aux Aldudes, au coeur du Pays basque, le 5 mai 1921. Il fut baptisé le jour même de sa naissance et reçut le prénom d’Adrien. Sa première école fut l’école du village puis il partit à l’école des bénédictins de Belloc en 1933.  En 1938, il fut envoyé au collège de l’Immaculée à Pau pour la fin du secondaire. Il logeait au prieuré Saint-Léon, route de Tarbes. C’était une maison dépendante de Belloc. A l’Immaculée, il fut remarqué par un professeur qui lui donna une mauvaise note pour son premier devoir de français. Le professeur lui expliqua comment on rédigeait avec ordre. Cette leçon lui servit toute sa vie et il resta toujours reconnaissant à ce professeur.  
Il demanda à entrer comme moine à Belloc en décembre 1940 et prit l’habit de suite après. Il s’engagea dans la vie monastique pour trois ans en décembre 1941.
Requis pour le STO, il passa la frontière – et la fit passer à quelques autres – et resta au monastère de Lazcano entre 1942-1943. 
Revenu à Belloc, il s’engagea dans la vie monastique, de façon définitive, en 1945 et fut ordonné prêtre le jour de la fête des Apôtres Pierre et Paul le 29 juin de l’année suivante. Son goût pour l’agriculture décidèrent ses supérieurs à l’envoyer étudier à Angers. 
      En octobre 1949, l’avion qui emportait Marcel Cerdan pour un combat de boxe aux USA s’écrasa aux Açores. Dans l’avion se trouvaient trois Basques partis faire fortune comme bergers en Amérique. L’accident émut Belloc : le P. Abbé Jean-Pierre Inda, des Aldudes, avait deux oncles partis pour l’Amérique. La famille n’avait jamais rien su à leur sujet. Le père de P. Adrien y avait passé vingt ans. Il n’en parlait guère en famille. La sœur cadette de son père y était restée et on n’avait aucune nouvelle d’elle. « A cette époque, on ne s’écrivait pas ; on parlait quand on se rencontrait ». Après l’accident de l’avion aux Açores, P. Abbé Jean-Pierre demanda à P. Adrien : « Est-ce qu’à la fin de vos études, vous ne pourriez pas faire un saut jusqu’en Oklahoma, et de là jusqu’à l’Université de Californie, et essayer de voir ce que deviennent les Basques dans le Far West ? » La réponse fut oui, sans rien savoir de la langue, sans argent, sans moyens …
      Au terme de sa formation d’ingénieur agricole, P. Adrien obtint une bourse d’études. Elle résolut le problème en partie. Les dons de personnes privées aux USA ne lui manquèrent pas non plus ; il en a conservé par écrit les noms avec reconnaissance. Ainsi eut-il la possibilité de réaliser son enquête sur les bergers basques, enquête qu’il publia, en 1955, aux éditions du monastère, les éditions Ezkila, sous le titre Les Basques dans l’Ouest américain, avec préface de Joseph Peyré. En 2016, ce travail fut réédité aux éditions Hiru Errege.
      A son retour des USA, P. Adrien fut responsable de la ferme au monastère, et modernisa la polyculture familiale traditionnelle.
A cette époque, le vicaire général, l’abbé Pierre Narbaïtz eut l’occasion de dire à l’abbé de Belloc son souci pour la jeunesse du Pays basque qui n’avait pas d’avenir. P. Inda en parla à P. Adrien qui alla trouver le chanoine Narbaïtz. Tous deux se comprirent vite. Ainsi naquit l’école d’agriculture de Garro. Un écho de son enseignement se trouve dans son livre Laborantza. Laborantzatik hobeki bizitzeko, paru en 1963 aux éditions Ezkila.

En 1962, P. Adrien fut envoyé au Bénin, Afrique de l’Ouest pour poser les bases d’un monastère bénédictin. Plus tard, avec Edouard Lisop, il travailla à l’implantation d’écoles dans des villages africains.
      En 1969, de retour à Belloc, P. Adrien lança avec P. Philippe Mathieu, la fabrication de fromage de brebis Ardiga, dans le cadre coopératif agricole avec des voisins, en même temps qu’il reprenait la modernisation et l’évolution de l’agriculture du monastère : défrichages, élevage ovin, sélection… Il y travailla tant que la santé le lui permit. 
Mais l’âge venait. Quand il fut retiré de tout travail agricole, il garda longtemps l’intérêt pour tous les aspects de la vie économique. Jusqu’au bout, P. Adrien eut cet esprit de recherche autant que missionnaire, l’amour du basque, le goût, la soif même de compréhension du monde autant que d’émerveillement devant la création et pour le Créateur. Ainsi, à 91 ans, publiait-il Zuhaitzak Eskual Herrian aux éditions Hemen et l’année suivante, aux éditions Maiatz : Imilittz uraren harana, histoire de la vallée de son enfance aux Aldudes, à l’occasion du 150e anniversaire de la mairie d’Urepel.

Il y a quelques mois, opéré d’une hanche qui le faisait souffrir jour et nuit, il retrouva une certaine activité pendant quelques semaines mais bientôt, son état déclina. Le processus s’accéléra soudain en quelques jours. Il demanda le sacrement des malades qu’il reçut le dimanche 10 juin dans l’après-midi. Il s’émerveilla devant la transmission depuis le Christ, de la vocation de prêtre. On peut dire que ce fut sa dernière pensée exprimée. Dans les jours qui suivirent son état s’aggrava rapidement et dans la nuit du mercredi 21 au jeudi 22 juin, à minuit moins cinq, il passait de ce monde à la rencontre avec Celui qu’il avait essayé de servir toute sa vie.

Père Adrien

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