Deuxième rencontre

Formation Permanente du 18 juin 2026
Laudato Si
Une spiritualité pour notre temps

Introduction : La vie spirituelle, c’est un chemin offert aux croyants pour se désencombrer de ses pensées, pour voir le monde autrement, et donc sa propre vie, pour entrer dans une contemplation et la louange. Le pape François dans Laudato Si nous y invite : « Le monde est plus qu’un problème à résoudre, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et la louange » § n°12. Et dans § n°2, il fait référence à la prière des Psaumes « Les Psaumes invitent souvent l’être humain à louer le Dieu créateur : « qui affermit la terre sur les eaux, car éternel est son amour ! » (Ps 136, 6). Mais ils invitent aussi les autres créatures à le louer : « Louez-le Soleil et Lune, louez-le, tous les astres de lumière ; louez-le, cieux des cieux, et les eaux par-dessus les cieux ! Qu’ils louent le nom du Seigneur : lui commanda et ils furent créés » (Ps 148, 3-5). Nous existons non seulement par le pouvoir de Dieu, mais aussi face à lui et près de lui. C’est pourquoi nous l’adorons. » Nous sommes invités à Être dans ce monde plus qu’un supplément d’âme : une joie communicative qui fait espérer des solutions nouvelles, en visant (§ n°13) « l’union de toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer. »

1 - Quelques grands thèmes de Laudato Si

    Tout est lié. Le cri de la terre et la clameur des pauvres.
    Regardons d’abord comment Laudato Si est structuré.
    Composé de 6 chapitres, l’encyclique Laudato Si commence par un chapitre dressant un constat sévère du monde actuel (I), constat confronté ensuite à la vision biblique (II). Fort de ce contraste, elle analyse ensuite les racines du mal (III) et propose en réponse une écologie intégrale (IV). Les deux derniers chapitres constituent en quelque sorte sa concrétisation pratique (V) et son arrière-fond éthique et spirituel (VI). Le Pape François précise que prendre soin de l’environnement signifie avoir une attitude d’écologie humaine, car on ne peut pas séparer l’homme du reste. Ce n’est pas une encyclique « verte » c’est une encyclique sociale, a dit le Pape.

A - L’évangile de la Création

    Le pape François propose donc à tous les habitants de la planète, ce qu’on peut appeler, l’évangile de la création, c’est à dire, une grande catéchèse de la création selon la foi chrétienne ; la création se lit comme un livre dont chaque lettre est le signe de la présence de Dieu au monde. Dieu créateur sous-tend toute la création dans son être et dans son devenir. La création est un acte d’amour qui conduit le Dieu créateur à soigner et sauver toute la création en envoyant son propre Fils, non pour condamner le monde mais pour le sauver (Jn 3,16). Tout est lié par l’acte créateur et sauveur de Dieu et qui appartient à Dieu dans une geste unique et divine (§ n°73)
    « Les écrits des prophètes invitent à retrouver la force dans les moments difficiles en contemplant le Dieu tout-puissant qui a créé l’univers. Le pouvoir infini de Dieu ne nous porte pas à fuir sa tendresse paternelle, parce qu’en lui affection et vigueur se conjuguent. De fait, toute saine spiritualité implique en même temps d’accueillir l’amour de Dieu, et d’adorer avec confiance le Seigneur pour sa puissance infinie ».
    La création tend vers la recréation de toutes choses dans la résurrection en Jésus ressuscité. Le même Verbe de Dieu en qui tout a été fait (Jn 1,3) est le Verbe fait chair, venu habiter notre maison commune (Jn 1,14). Jésus - Dieu qui sauve -, né de Marie, sujet de la loi (Ga 4,4) nous sauve en donnant sa vie – ma vie nul ne la prend, je la donne de moi-même Jn 10,18 – sur la croix où il a tué la haine (Ep 2,15). Vraiment mort assassiné, il est vraiment ressuscité et toute la création tend vers une recréation. (§ n°100)
    « Le Nouveau Testament ne nous parle pas seulement de Jésus terrestre et de sa relation si concrète et aimable avec le monde. Il le montre aussi comme ressuscité et glorieux, présent dans toute la création par sa Seigneurie universelle : « Même les fleurs des champs et les oiseaux qu’émerveillé il a contemplés de ses yeux humains, sont maintenant remplis de sa présence lumineuse ».

    Donc, c’est une présence lumineuse du Christ qui habite toute la Création. Cela nous donne la note d’une spiritualité qui englobe la création entière. Nous sommes habités par le Christ dans un monde habité par le Christ.

B - Le changement de style de vie, effet et concrétisation de la conversion.

    Allons voir au 6ième chapitre de l’encyclique intitulé « éducation et spiritualité écologiques », le pape François décrit en prélude les conditions de la réorientation et du changement qu’il affirme nécessaires, à savoir « la conscience d’une origine commune, d’une appartenance mutuelle et d’un avenir partagé par tous » (§ n°202). Si les préconisations concrètes qu’il propose s’adressent à tout un chacun, l’horizon de son propos est à proprement parler planétaire ; il envisage notre « maison commune », celle d’une famille humaine solidaire.

•    Les attitudes à abandonner : le consumérisme et l’indifférence

    Il fustige comme attitudes à abandonner, le consumérisme et l’indifférence. Pour lui, la société de consommation est l’effet pervers de l’essor technologique : « nous possédons trop de moyens pour des fins limités et rachitiques » (§ n° 203). Et il ajoute « l’accumulation constante de possibilités de consommer distrait le coeur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment » (§ n°222).
    Selon lui, il existe une sorte de système de vases communicants entre l’avidité inhérente au consumérisme et le vide spirituel intérieur : plus on est vide intérieurement, plus on est avide extérieurement et plus cela alimente la violence sociale : « La situation actuelle du monde « engendre un sentiment de précarité et d’insécurité qui, à son tour, nourrit des formes d’égoïsme collectif ». Quand les personnes deviennent autoréférentielles et s’isolent dans leur propre conscience, elles accroissent leur voracité. cf. Benoit XVI : « les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands » (§ n° 217).
    Le pape François n’en reste pas à un sombre constat ; il exprime une espérance dans un sursaut éthique : «  Quand nous sommes capables de dépasser l’individualisme, un autre style de vie peut réellement se développer et un changement important devient possible dans la société. » § n° 208
    le Pape François dans son Message pour la journée mondiale de la Paix, en 2016, juste après Laudato Si, s’en prend à une autre résistance à l’adoption nécessaire d’un nouveau style de vie, à savoir l’indifférence : « Il est certain que l’attitude de l’indifférent, de celui qui ferme son coeur pour ne pas prendre en considération les autres, de celui qui ferme les yeux pour ne pas voir ce qui l’entoure ou qui s’esquive pour ne pas être touché par les problèmes des autres, caractérise une typologie humaine assez répandue et présente à chaque époque de l’histoire. Cependant, de nos jours, cela a dépassé nettement le domaine individuel pour prendre une dimension globale et produire ce phénomène de la « globalisation de l’indifférence ». (§ n° 3). Cette indifférence se décline en indifférence envers Dieu, indifférence envers le prochain et indifférence envers notre maison commune, trois facettes d’un même obstacle à la paix.

•    Les attitudes à promouvoir : la sobriété et l’attention

    Parmi les attitudes à promouvoir on en citera deux qui ont une forte consonnance spirituelle : la sobriété et l’attention.
    D’abord la sobriété : à l’avidité du consumérisme moderne vient répondre un retour spirituel à la sobriété. Ainsi au § n° 222 : « La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie, et encourage un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation. Il est important d’assimiler un vieil enseignement, présent dans diverses traditions religieuses, et aussi dans la Bible. Il s’agit de la conviction que “moins est plus”. En effet, l’accumulation constante de possibilités de consommer distrait le cœur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment. En revanche, le fait d’être sereinement présent à chaque réalité, aussi petite soit-elle, nous ouvre beaucoup plus de possibilités de compréhension et d’épanouissement personnel. La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas. Cela suppose d’éviter la dynamique de la domination et de la simple accumulation de plaisirs. »  
    Cette sobriété est libératrice et va avec l’humilité et le décentrement de soi et de la subjectivité égoïste. Ainsi, au § n° 223 : « On peut vivre intensément avec peu, surtout quand on est capable d’apprécier d’autres plaisirs et qu’on trouve satisfaction dans les rencontres fraternelles, dans le service, dans le déploiement de ses charismes, dans la musique et l’art, dans le contact avec la nature, dans la prière. Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie. »
    Dans son Discours à la Curie du pape François le 21 décembre 2015, la sobriété est vantée à la fois comme antidote au consumérisme et dans la logique d’une éthique des vertus. « La sobriété … est la capacité de renoncer au superflu et de résister à la logique consumériste dominante. La sobriété est prudence, simplicité, concision, équilibre et tempérance. La sobriété c’est regarder le monde avec les yeux de Dieu et avec le regard des pauvres et de la part des pauvres. Celui qui est sobre est une personne cohérente et essentielle en tout, parce qu’elle sait réduire, récupérer, recycler, réparer, et vivre avec le sens de la mesure ».  
    Maintenant, l’attention. À l’indifférence qui n’épargne pas les chrétiens, vient remédier le souci d’attention et de présence à l’autre et au monde, fruit éminent d’une attitude contemplative. Ainsi, les § n° 225-226. «  La nature est pleine de mots d’amour, mais comment pourrons nous les écouter au milieu du bruit constant, de la distraction permanente et anxieuse, ou du culte de l’apparence ? Une écologie intégrale implique de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence « ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée».
     Jésus était pleinement présent à chaque être humain et à chaque créature, et il nous a ainsi montré un chemin pour surmonter l’anxiété maladive qui nous rend superficiels, agressifs et consommateurs effrénés. »
C - L’éducation comme condition de la conversion.
    L’éducation est une condition de la conversion. Dans une deuxième section du même chap. 6, le pape François qualifie le changement de style de vie de « défi éducatif ». Il note en effet, que nombre de jeunes ont déjà pris conscience de la gravité de la crise et de la nécessité de changements comportementaux mais « ne se sentent pas capables de renoncer à ce que le marché leur offre » (§ n° 209). Il est clair pour François que l’éducation est plus qu’un apprentissage et doit aboutir à la mise en œuvre d’un agir par des vertus (§ n° 211) :  « C’est seulement en cultivant de solides vertus que le don de soi dans un engagement écologique est possible. » Le pape donne ensuite une série d’exemples concrets, de petits pas à accomplir, « Le fait de réutiliser quelque chose au lieu de le jeter rapidement, parce qu’on est animé par de profondes motivations, peut être un acte d’amour exprimant notre dignité. »

2 - L’essence de la conversion écologique

    L’expression « conversion écologique » est à prendre au sens propre et fort du terme. Il s’agit d’une conversion intérieure et d’une spiritualité incarnée et « en communion avec tout ce qui nous entoure » : « la crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure » (§ n°216). Le pape François interpelle vigoureusement des chrétiens trop indifférents ou passifs.  ce que nous enseigne l’Évangile a des conséquences sur notre façon de penser, de sentir et de vivre. Il ne s’agit pas de parler tant d’idées, mais surtout de motivations qui naissent de la spiritualité pour alimenter la passion de la préservation du monde.

    Cette conversion écologique s’exprime dans la gratitude et la gratuité, la créativité et l’enthousiasme. Elle puise dans la foi chrétienne la conscience que chaque créature reflète quelque chose de Dieu et a un message à nous enseigner, que Dieu a créé le monde en y inscrivant un ordre et un dynamisme que l’être humain n’a pas le droit d’ignorer (§ n° 221 et 233).

A - Les fruits spirituels de la conversion : sobriété, humilité, paix et amour.

    La sobriété que requiert la conversion écologique suppose l’humilité et marche avec la paix, d’abord intérieure : § n° 225 « aucune personne ne peut mûrir dans une sobriété heureuse, sans être en paix avec elle-même.
    Comme exemple concret de cette attitude de sérénité, de tranquillité contemplative, François recommande de « s’arrêter pour rendre grâce à Dieu avant et après les repas » (§ n° 227).
    Le nouveau style de vie promu par François est marqué par la perspective de « cohabitation et de communion » entre des frères issus du même Père et en lien avec toutes ses autres créatures, non humaines : elle relève donc de cette « fraternité universelle » (§ n° 228) si marquée dans la spritualité du poverello d’Assise. Une autre belle figure de sainteté illustre comment cette solidarité est le grand trésor de la petite voie de l’amour (§ n° 230) :  « L’exemple de sainte Thérèse de Lisieux nous invite à pratiquer la petite voie de l’amour, à ne pas perdre l’occasion d’un mot aimable, d’un sourire, de n’importe quel petit geste qui sème paix et amitié. Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme. »
    et au § n° 231 : Dans ce cadre, joint à l’importance des petits gestes quotidiens, l’amour social nous pousse à penser aux grandes stratégies à même d’arrêter efficacement la dégradation de l’environnement et d’encourager une culture de protection qui imprègne toute la société. Ce sont autant d’actes spirituels d’amour fraternel.

B - Conversion et célébration

    Il manquerait quelque chose au déploiement pratique de la foi et de la spiritualité chrétienne dans la conversion écologique si cela ne s’exprimait pas liturgiquement et sacramentellement. L’intégration de la matière et de la création dans le culte constitue bien un signe éloquent de l’assomption par Dieu de la nature humaine corporelle et l’élévation de celle-ci dans la sainte humanité du Christ (§ n° 235) :  « Les Sacrements sont un mode privilégié de la manière dont la nature est assumée par Dieu et devient médiation de la vie surnaturelle. À travers le culte, nous sommes invités à embrasser le monde à un niveau différent. L’eau, l’huile, le feu et les couleurs sont assumés avec toute leur force symbolique et s’incorporent à la louange. »
    Cela vaut au plus haut point pour l’eucharistie où les espèces du pain et du vin sont transformées en corps et sang du Christ, comme nourriture pour la vie éternelle. (§ n° 236) : « Dans l’Eucharistie, la création trouve sa plus grande élévation.  Dans l’Eucharistie la plénitude est déjà réalisée ; c’est le centre vital de l’univers, le foyer débordant d’amour et de vie inépuisables. Uni au Fils incarné, présent dans l’Eucharistie, tout le cosmos rend grâce à Dieu.  dans le Pain eucharistique, « la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l’unification avec le Créateur lui-même ».
    C’est pourquoi, l’Eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création. »  

Conclusion : Prières

    Laudato Si dans ses derniers points (§ n° 237 à 246) évoque tour à tour le jour du dimanche, la Trinité et les relations entre les créatures, Marie, reine de la création, et l’appel d’un au-delà qui s’achève par deux belles prières, Prière pour notre terre, et prière chrétienne avec la création.
Seigneur, Touche les cœurs de ceux qui cherchent seulement des profits aux dépens de la terre et des pauvres. Apprends-nous à découvrir la valeur de chaque chose, à contempler, émerveillés, à reconnaître que nous sommes profondément unis à toutes les créatures sur notre chemin vers ta lumière infinie. Merci parce que tu es avec nous tous les jours. Soutiens-nous, nous t’en prions, dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix.