Alors que Jésus se trouve à table avec les Douze, il laisse tomber dans la tristesse la douloureuse confidence : l’un de vous va me livrer. Il le pressentait. C’est pourquoi il avait déclaré, alors qu’étaient envisagés les préparatifs de ce repas : mon temps est proche. Il le désirait ce repas.
Nulle résignation fataliste n’animait Jésus alors qu’approchait le dénouement tragique qu’il avait envisagé. Il accomplira au cours de ces fraternelles agapes le geste annonciateur de son oblation consentie. D’abord par la fraction et le partage du pain : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Puis par la circulation de la coupe : Buvez en tous car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance. Consentement à l’offrande totale qui le dépossédera de lui-même. Cependant cette dépossession de lui-même ne dépossède pas Jésus de son espérance : je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je boirai un vin nouveau dans le Royaume de mon Père.
Mais qu’en sera-t-il dans quelques heures, lorsque Jésus se sentira privé de l’assistance de son Père ? Il consentira encore : Mont Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme toi tu veux. Lorsque, sur la croix, il lancera son appel déchirant : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné, ce sera encore une prière ; il y exprimera sa certitude d’être entendu. Puis retentira le grand cri dans l’expiration du dernier souffle.
Quel combat Jésus a dû livrer pour qu’en lui l’espérance l’emporte sur l’angoisse ! Il a voulu rejoindre l’humanité dans ce débat. Elle se débat, aujourd’hui comme toujours, entre le désir de s’accomplir et la crainte d’être irrémédiablement emportée vers son anéantissement, cet anéantissement qu’elle pourrait provoquer elle-même. Jésus nous rejoint jusque là, pour qu’en nous et en tous ceux qui se débattent dans des situations tragiques, l’espérance finisse par l’emporter, en suscitant l’audace de poser les gestes et de risquer les engagements qui expriment cette espérance, en écartant ce qui pourrait la mettre en échec.
C’est l’espérance qui doit avoir le dernier mot, là-bas au pays de Jésus, ici et partout. Parce que Dieu, par amour, nous crée en son Fils pour que nous lui devenions ses enfants. Que l’espérance de Dieu qui habitait Jésus au creux de son angoisse, ne nous fasse jamais défaut. Alors, au travers et au-delà des drames provoqués par le mal qui nous habite, au-delà de la crainte de notre anéantissement dans la mort inéluctable qui nous attend, ceux que tentent la désespérance pourront s’avouer, un peu comme le centurion du calvaire : Vraiment ceux-là aussi sont enfants de Dieu ! N’est-ce pas là le témoignage attendu de nous par ceux qui se refusent à Dieu ?
| P. Jacques |
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