« Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » À leur rencontre de Jésus, chacune des deux sœurs lui adresse le même reproche : combien de fois ont -elles dû se répéter l’une à l’autre ce regret : s’il avait été ici ! Elles lui avaient pourtant adressé le message alarmant : Seigneur, celui que tu aimes est malade. Pourquoi n’est-il pas venu de suite et demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait ? Et pourtant il les aimait, elles et leur frère Lazare.
Dans quelques jours, Jésus bouleversé vivra lui-même un semblable débat : Que vais-je dire ? ‘Père, sauve-moi de cette heure’ ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! Sa pleine insertion dans la chair ne met pas Jésus sous l’emprise de la chair. Sa loyale appartenance à son peuple n’emprisonne pas la liberté de Jésus, elle ne l’enferme pas dans la nécessité de mourir. La certitude que Jésus affichait devant Marthe, ton frère ressuscitera, demeure la sienne. Mais qu’est-ce qui autorise Jésus à dire cela ? Sa foi en son Père, sa foi en la mission reçue de son Père.
La responsabilité que lui a confiée son Père, Jésus l’exercera en s’en remettant jusqu’au bout à Celui qui l’a envoyé, le Père qui lui reste fidèle, et qui avec son Fils, nous reste fidèle. Par ce témoignage que lui a rendu son Fils, nous pouvons croire à l’amour du Père pour le monde. C’est pour cela que Jésus priera jusqu’à sa dernière heure : Père, glorifie ton nom ! Glorifie ton Nom en me donnant la force de te rester fidèle, la force de leur rester fidèle avec toi.
Cette fidélité de son Père donne à Jésus la certitude que, par son Père, il sera ressuscité. Et de son Père, il reçoit la certitude que, ressuscité, il deviendra pour l’humanité, source de résurrection : Moi je suis la résurrection et la vie. Mais jusqu’à quelle extrémité de l’amour lui faut-il aller ?
‘Père, sauve-moi de cette heure !’ - Qui de nous, quel que soit son degré de foi, peut prétendre qu’il échappera à un tel débat ? C’est en nous livrant Jésus, son Fils, en lui demandant de s’insérer sans réserve dans notre condition, que Dieu nous ouvre le chemin de l’espérance et de la foi. En nous donnant son Esprit, Dieu nous accorde de pouvoir communier à la foi et à l’espérance qui animaient Jésus et lui donnaient la force d’aimer, jusqu’au risque de perdre sa vie.
Ce consentement de foi à Jésus relève de notre liberté, en même temps que de la grâce de Dieu. Dès lors, il nous revient de supplier de ne plus rester sous l’emprise de la chair, notre chair. Nous recevrons alors la force d’adhérer en toute liberté à Jésus, tout en assumant notre chair si prédisposée à connaître l’angoisse et à y succomber. Par une telle adhésion de foi, nous nous insérons déjà dans le mouvement qui fait passer Jésus de ce monde à son Père.
Cette insertion en Jésus, vécue dans l’espérance, fera que nous serons emportés en lui, à l’heure du débat ultime auquel nous ne pourrons échapper, d’une façon ou d’une autre, si nous voulons vivre dans la lucidité. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts, donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
| P. Jacques |
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