1er Dimanche du Carême

En remontant de l’eau du Jourdain dans lequel Jean vient de le baptiser, Jésus voit les cieux s’ouvrir et l’Esprit  de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et une voix proclame : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. Ainsi Jésus se trouve affermi dans son expérience originelle la plus personnelle, source de sa conviction vitale : il est vraiment le Fils bien-aimé du Père.
Pourquoi donc est-il ensuite conduit au désert par l’Esprit dont Dieu, son Père, l’investit ?
Jésus est conduit au désert pour être tenté par le diable, assure l’évangéliste.
Comment ne pas nous étonner ? Que projette donc le tentateur ? Comment s’y prend-il ?
Le tentateur met à profit la faim que ressent Jésus après ces jours de privation. Il met à profit le désir qu’a Jésus de réussir la mission dans laquelle il va maintenant se lancer. Le tentateur met à profit la réflexion que Jésus a mise en œuvre durant cette retraite, sur les moyens à prendre pour convaincre les foules auxquelles il va d’adresser. Le tentateur discerne que le moment est favorable pour insinuer en Jésus un doute sur son identité :
si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains ;
si tu es les Fils de Dieu jette-toi en bas, mets-en plein la vue à la foule rassemblée pour t’écouter ;
tu la domineras parce que je te donnerai tous les royaumes du monde et leur gloire, si tu te prosternes devant moi, ce qui serait reniement de son rang de Fils bien-aimé de Dieu, son Père. Le projet de Dieu sur l’humanité serait mis en échec !
À l’écoute de ces insinuations perfides, Jésus reste assuré de son identité. Il se refuse à opérer un quelconque prodige spectaculaire ; il se rapporte à son Père et s’en remet à Lui. Il n’agira que selon le désir de son Père. Il ne recherchera qu’à manifester le projet de son Père : nous inviter à devenir ses enfants, par notre accueil de son Fils, par notre communion à l’amour que son Fils Lui porte et porte à ses frères et sœurs en humanité, sans la moindre contrainte.
Qui sommes-nous en vérité ? Les tentations que nous connaissons nous provoquent nous aussi, comme Jésus s’est vu provoqué, à discerner notre identité.
Si tu es humain, exerce ta liberté, choisis ta vie ! Touche à l’arbre qui est au milieu du jardin, décrète ce qui pour toi est bien ou mal. Sois ton dieu !
Si tu le veux en toute liberté, vis pour la satisfaction prioritaire de tes appétits, en croquant le fruit qui te paraît savoureux et désirable. Bannis ce qui te contrarie. Garde-toi de toute souffrance. Et s’il t’en vient une, disparais de la scène.
Si tu le veux en toute liberté, vis pour t’attirer flatterie et considération, sans te soucier de ce qui se cache derrière ta façade. Ce qu’il en est de ta vraie personnalité ne regarde que toi. Tu ne relèves que de tes choix. Tu n’auras pas à éprouver de la honte à te découvrir nu sous ton regard.
Si tu le veux en toute liberté, vis pour te hisser le plus haut possible, par ta richesse, ton luxe, ton savoir, tes exploits, ton rang social. Joue à fond le jeu de rivalités sans fin. Avant la dégringolade, consens à une paisible retraite dorée.
Qui sommes-nous en vérité ? Jésus, par son séjour au désert, nous invite à nous enraciner nous aussi dans notre véritable identité.
Au milieu de toutes les sollicitations et tentations du monde, quelle dimension de nous-mêmes commande et oriente notre vie ?
Nous passerions à côté de nous-mêmes, nous vivrions dans le mensonge en nous construisant dans l’ignorance de l’amour dont nous sommes aimés, aimés pour aimer nous aussi en retour ?
À cause de Jésus-Christ et de lui seul, ils régneront dans la vie, ceux qui reçoivent en plénitude le don de la grâce qui les rend
justes.       

 P. Jacques  P. Jacques