3ème Dimanche de Carême

Mt 5,17-37

Nous entamons ce dimanche la série des 3 évangiles de Jean préparatoires au baptême, avec ces étapes que l’Église propose aux catéchumènes, et qui sont l’eau, la lumière, la vie.
L’évangile d’aujourd’hui ne nous a pas proposé le récit d’un des nombreux signes ou miracles de Jésus, mais une conversation en apparence toute banale sur la margelle d’un puits, entre une femme et Jésus. Ainsi, Dieu vient tenir conversation avec l’homme, il ne vient pas s’imposer aux consciences, par respect pour la liberté humaine, il ne vient pas non plus s’affirmer avec puissance, mais au contraire, comme un pauvre qui cherche un ami qui lui viendrait en aide. C’est le paradoxe d’un Dieu qui fait l’aumône, qui supplie même : « Donne-moi à boire » ! Le cri d’un Dieu qui frappe à la porte de notre coeur pour nous faire avancer vers lui et nous sauver.
Nous sommes à l’heure de midi, l’heure du plein jour, un homme fatigué, seul, au bord du puits. Ce n’est pas l’heure de venir au puits, on va au puits à la fraiche, le matin ou le soir, pourtant une femme y vient.
Que cherche t-elle ? Cet homme lui parle. En ces temps-là, un homme ne s’adressait pas à une femme en public, un juif n’adressait pas la parole à un samaritain, et il y avait de nombreux interdits culturels ou religieux. Mais cet homme franchit toutes ces interdictions qui empêchent la circulation de la parole, lui qui est la Parole incarnée, le Verbe fait chair, il est venu dans le monde pour faire connaître l’amour, Dieu amour, un Dieu qui veut le bonheur de l’homme et lui montrer le chemin de la vraie vie.
Mais cette femme se laisse connaître aussi, tout comme Dieu se fait connaître progressivement. L’un et l’autre découvrent le secret qui les habite, elle n’est pas très clean, elle a une vie affective compliquée, elle a enchainé des amours d’hommes et jamais satisfaite, est toujours en quête et lui, posément, la révèle à elle-même, et lui répond. Il est celui qui donne l’eau vive, c’est à dire, l’énergie divine qui l’habite, qui comblera le coeur de l’homme, et lui permettra de ne plus errer à chercher une vérité toujours insatisfaite. Cette eau vive est appelée à jaillir dans les coeurs qui l’accueillent, pour désaltérer toute soif et donner la joie profonde.
« Donne-moi à boire » éveille la question de la Samaritaine. Elle veut savoir quelle est la vraie religion. Or, lui dit Jésus, la religion c’est adorer, et adorer Dieu n’est pas lié à un lieu ou à une situation. Adorer Dieu, c’est faire un chemin intérieur de sortie de soi pour entrer dans le monde de Dieu, ça peut se vivre partout et en tout temps, en esprit et vérité. Et Dieu, dit Jésus, recherche ces adorateurs qui lui ressemblent. Mais quelle autorité a-t-il à le dire, sinon en se laissant découvrir comme l’Envoyé du Père.
Sur ses entrefaites, les disciples surviennent. Il va alors leur révéler le sens de leur vie en mission : transmettre le message de l’amour de Dieu, de Dieu-Amour. Mais Dieu leur a déjà préparé le terrain. Cette femme, cette samaritaine, est devenue elle-même une disciple. Ils n’auront donc aucun mérite de leur voir arriver des nouveaux catéchumènes, de nouveaux hommes et femmes en recherche de sens, ou simplement qui prennent du recul sur la marche désastreuse du monde. Dieu a déjà parlé au coeur des hommes « Donne-moi à boire ! ». Et ceux qui ont écouté leur coeur, peuvent entendre encore cette parole : « Si tu savais le don de Dieu ! »... Nous sommes transportés au Golgotha, au pied de la Croix. Il est aussi l’heure de midi. C’est l’Heure ultime, la dernière heure. Une femme est là. C’est la mère de Jésus. Il y a aussi le disciple bien-aimé. Il représente n’importe lequel d’entre nous. Jésus dans un souffle, s’écrie et le disciple l’entend, « j’ai soif ! » Le mystère de Dieu qui donne tout, se donne tout entier, et dans son souffle, continue à nous chercher, à nous toucher, à nous aimer, à nous conduire à la source qu’est sa vie. Tandis que des fleuves d’eau vive jailliront de son côté transpercé nous serons plongés dans l’eau du baptême, car nous avons été plongés nous aussi dans la mort de Jésus pour ressusciter avec lui.
Lui, le rocher qui nous sauve, il fait jaillir sans cesse la vie en nous, il nous unit de communion, avec lui et avec tous nos frères pour partager avec eux le bonheur d’être désaltéré par Dieu lui-même.
C’est ce secret que Jésus a transmis à la femme de Samarie qui était venue au puits, à l’heure de midi.

                                                                                                                                      P. Jean-Michel         Père Jean-Michel