Il ne nous est pas difficile d’imaginer la joie, l’impression de revivre, la reconnaissance de cet aveugle-né que le Seigneur a guéri.
Il a dû aussi se poser quelques questions :
Première question : Qui est Celui qui m’a guéri ?
Il n’était pas le premier à se poser cette question. Et Jésus y avait déjà répondu :
«…ce que vous avez vu et entendu :
les aveugles voient ,
Les boiteux marchent,
Les lépreux sont guéris,
Les sourds entendent,
Les morts ressuscitent,
La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » (Luc. 7, 22).
Jean-Baptiste en avait tiré la conclusion : celui qui guérissait ainsi, c’était le Messie annoncé.
L’aveugle-né a compris lui aussi
Qui était Celui qui l’avait guéri.
Deuxième question : Pourquoi m’a-t-il guéri ?
L’aveugle-né n’était pas le premier à se poser la question. Et Jésus y avait déjà répondu dès sa 1ere prédication, chez lui, à Nazareth, dans la synagogue :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi. Parce que [Celui qui m’a envoyé] m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la libération, aux aveugles le retour à la vue, proclamer une année de grâce du Seigneur… ».
Les habitants de Capharnaüm avaient compris – ceux qui voulaient comprendre – que ces guérisons étaient un signe pas le but. L’enfant du village était envoyé par Dieu L’aveugle-né a compris aussi
Ici, nous nous posons aujourd’hui des questions que l’aveugle-né ne se posait pas. Nous, nous pensons aujourd’hui : « Ces miracles que Jésus faisait, aujourd’hui, c’est la Science qui les fait ». Oui, mais la différence entre Jésus et la Science, c’est que la Science guérit pour guérir ; Jésus guérissait pour faire comprendre qu’il avait été envoyé pour une guérison, certes, mais pour une autre guérison. « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs ». Jésus nous a appris qu’il y a des maladies que le médecin ne guérit pas. Il y a une lèpre, une surdité, un aveuglement qui ne relèvent pas de la Science. Une mort, a fortiori.
Cette surdité, cet aveuglement, cette lèpre, cette mort, nous n’en guérissons que si nous croyons et acceptons Jésus comme l’envoyé de Dieu le Père, pour nous en guérir.
Jésus demande à l’aveugle guéri : « Crois-tu au Fils de l’homme ? ». L’aveugle guéri demande quelques explications ; Jésus les lui donne. Et l’aveugle guéri lui dit : « Je crois, Seigneur » et il se prosterna devant Jésus.
Des pharisiens qui ont vu et entendu ce dialogue, interrogent : « Et nous ? Nous sommes aveugles nous aussi ? ». Réponse de Jésus : « Si vous étiez aveugles, vous seriez sans péché ; mais vous dites ‘nous voyons’ : votre péché demeure ».
La cécité que le Christ guérit est très spéciale : ce n’est pas celle que guérit le médecin, si c’est possible ; c’est celle qui consiste à ne pas voir le Créateur dans les créatures ; à ne pas comprendre les signes des temps : on peut admirer un coucher de Soleil ou aller au Pôle Nord contempler le Soleil de minuit, mais on ne voit pas le Soleil du monde, Celui qui est la Lumière du monde.
L’aveugle-né de l’Evangile d’aujourd’hui me fait penser au vieillard Siméon. Siméon n’était pas du tout aveugle-né mais, vu son âge, il devait être, très probablement, à moitié aveugle de vieillesse. Le « Je crois Seigneur » de l’aveugle-né, Siméon l’a disait à sa manière : « …mes yeux ont vu ton Salut, Lumière qui se révèle aux nations et gloire d’Israël ton peuple ».
Et nous-mêmes, nous sommes réunis ici pour cette messe pour exprimer la même foi, non pas avec les mots de l’aveugle-né, non pas avec ceux de Siméon, mais avec ceux de tous les chrétiens aujourd’hui à travers le monde : « Credo… Je crois… dans le Christ vrai Dieu né du vrai Dieu, Lumière né de la Lumière… »
P. Marc 