16ème Dimanche temps ordinaire

Dans le champ du monde, bon grain et ivraie se côtoient et poussent ensemble, nous le savons bien de par notre expérience. Dans le champ de Dieu, son Eglise, blé et mauvaises herbes croissent dans un enchevêtrement qu’il nous arrive de trouver décevant, irritant, et même inacceptable. En chacun de nous aussi, quels que soient notre âge, notre situation sociale, nos références spirituelles ou religieuses, le meilleur et le pire coexistent ; osons le reconnaître, au moins dans l’intime de notre conscience. En nous, comme sur tous les terrains humains, s’entrecroisent de façon inextricable, bonté et méchanceté, générosité et cupidité, loyauté et duplicité, dévouement et mesquinerie, revendications de liberté et sectarisme. Le constat intime de ces mélanges devrait nous mettre en garde contre l’impatience et l’intolérance, sans nous amener à devenir complices de ce qui est blâmable et condamnable. 
S’il nous arrive, à bon droit, de rêver à une société sans hypocrisie et sans tricherie, sans injustice et sans violence, s’il nous arrive de souhaiter vie communale sans délinquance ni vandalisme, paroisse sans pratiquants critiquables, Eglise sans pécheurs, allons-nous pour autant nous lancer dans une opération d’éradication des éléments indésirables de notre environnement ? En aurions-nous le droit ? Et que ferions-nous de nous-mêmes, qui ne sommes pas exempts d’incohérences, de manquements à notre idéal, de non respect vis-à-vis de certains de nos engagements ? Sans compter qu’au sein de nos activités les plus honnêtes et les plus louables, nous sommes aussi mus par des motivations pas toujours avouables. 
Qui subsisterait dans l’humanité si l’on éliminait tous ceux qui ne se maintiennent pas à hauteur d’homme ? Qui ferait partie du Peuple de Dieu, si n’y étaient admis que ceux qui vivent en totale conformité avec l’évangile ? Le Seigneur nous invite donc à la patience et à l’espérance, comme lui-même se montre patient et rempli d’espérance, envers chacun de nous et envers l’humanité entière. Mais le Christ n’encourage pas pour autant la résignation passive, le laisser faire et l’abdication devant le mal. Ses incessants appels à la conversion nous remettent face aux exigences inhérentes à toute humanisation.
C’est pourquoi le Seigneur nous presse de pratiquer entre nous l’entraide mutuelle, dans le combat que nous avons à mener, tous et chacun, et à mener ensemble, pour avancer vers un monde d’amour, de justice et de paix. La progression sur ce chemin exige l’exercice d’un discernement sur les innombrables possibilités qui s’offrent à nous aujourd’hui. Que choisir dans le champ du monde, où poussent plantes bénéfiques et plantes nocives ? À quels signes repérer celles qui donneront de bons fruits et celles qui seront porteuses de poison mortifère ? 
Un discernement est à pratiquer dans le cadre de la vie familiale, d’un hôpital, dans l’organisation de la vie communale, nationale, afin qu’en soient respectées les différentes composantes. N’est-ce pas aussi le sens d’une pratique synodale à tous les échelons de la vie ecclésiale ? Comment nous exercer à une telle pratique, sinon en nous ouvrant, dans la prière, à l’Esprit Saint qui vient au secours de notre faiblesse, qui intercède en notre faveur pour la clarification de nos intentions ? Dieu qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles.


                                                                                                                       P. Jacques