26ème Dimanche temps ordinaire

« Que pensez-vous de ceci ? » dit Jésus pour introduire cette petite histoire des deux fils. Oui, qu’en pensons-nous ? Pouvons-nous prétendre que nous sommes toujours cohérents avec les réponses données au Seigneur dans un moment de ferveur ou de générosité ? En revanche, nous connaissons parfois la satisfaction de revenir de nos refus, de surmonter nos réticences, de dépasser nos craintes, pour acquiescer au Seigneur, après avoir cherché à nous dérober à sa demande.
Nous aurons durant toute notre vie à mener ce combat pour agir dans la disponibilité, envers le Seigneur et envers ceux qui nous sont confiés. Et nous aurons toute notre vie à mener le combat contre l’indisponibilité qui prend prétexte du manque de temps, de force, de compétence. Cela est vrai dans la vie de famille, dans la vie communautaire. Sans doute, le pape nous encouragera-t-il aujourd’hui à mener ce combat, dans notre vie personnelle, dans nos engagements professionnels et sociaux, en y exerçant au besoin le droit à l’objection de conscience, alors que notre pays donne le feu vert à des mesures que nous ne pouvons pas accepter, au nom de notre conception de la dignité humaine.
« Un homme avait deux fils. » Nous sommes tantôt l’un et tantôt l’autre. N’en doutons pas, nous avons envers le Seigneur, l’attitude que nous avons les uns envers les autres, le mari envers sa femme, la femme envers son mari, les parents envers les enfants et les enfants envers les parents, et les uns envers les autres. La disponibilité que nous nous refusons les uns aux autres, nous la refusons au Seigneur. Mais les retours à de meilleures dispositions, les uns à l’égard des autres, rejaillissent aussi sur notre relation au Seigneur.
Jésus a rencontré une belle disponibilité chez Simon Pierre et son frère André, chez le collecteur d’impôts Matthieu, chez le femme qui l’oignit de parfum, à Béthanie. Il n’a pas trouvé la même disponibilité chez le jeune homme riche qui lui demandait ce qu’il lui fallait faire pour avoir la vie. Cette disponibilité, nous n’y accédons pas d’un seul coup. Nous ne l’obtenons jamais de façon définitive. Nous avons à nous y exercer sans cesse. Les premiers appelés de Jésus en ont fait l’humiliante expérience. Et nous la faisons comme eux. 
Cependant, nous croyons que le Seigneur poursuit inlassablement, en nous et avec nous, son travail de notre engendrement à une vie vraiment filiale et fraternelle, qu’il nous appelle à mener en communion avec Jésus. Le prophète nous rappelait que Dieu ne veut pas la mort du méchant. Dieu ne désespère jamais de recevoir de nous un consentement filial, consentement fondé sur la découverte et la prise en compte de l’amour dont Lui, le Seigneur, nous aime. Non pour son plaisir à lui, mais pour notre accomplissement en Lui. 
Dieu nous éclaire et nous soutient par le oui filial de Jésus, ce oui qu’inspire à Jésus la reconnaissance de se savoir aimé et appelé à aimer. Dieu nous invite à nous soutenir et à nous encourager les uns les autres sur ce chemin d’acquiescement à son appel, appel qui retentit dans notre désir le plus profond. Dieu ne désespère d’aucun de ses enfants. De quel droit désespérerions les uns des autres ? De quel droit désespérerions de nous-mêmes ?
Un homme avait deux fils. Consentent-ils, eux, à vivre en frères ? En saisissent-ils l’enjeu ? Saisissons-nous l’enjeu de la fraternité ?



                                                                                                                       P. Jacques