« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ?» En raison de la liberté qu’il prenait par rapport à certaines pratiques religieuses, Jésus surprenait les rigoureux observants de la Loi. Pour Jésus, où se situait donc la priorité ? Et pour nous, où doit se situer la priorité inspiratrice de nos obligations multiples ? Quel est le grand commandement, celui qui fonde tous les autres, celui qui doit orienter et animer l’observance de tous les autres ? La question est de la plus haute importance. Il y va en effet de notre juste position devant Dieu, et de la justesse de notre témoignage.
Jésus répond sans hésitation : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 22,35). Aucune originalité dans cette réponse de Jésus. N’importe quel Juif, tant soit peu religieux, aurait avancé la même citation biblique. Si Jésus se distingue, c’est en liant de façon étroite, le premier et le second commandement ; il les considère indissociables l’un de l’autre.
Le premier commandement appelle l’investissement total de notre humanité, cœur, âme, esprit. Comment en serait-il autrement ? Dieu est Dieu et l’homme n’est créé que pour aimer Celui qui ne le crée que par amour. L’homme ne se trouve accordé à lui-même, à son exigence la plus profonde, qu’en s’accordant au désir que Dieu a de le rencontrer, de s’unir à lui dans l’amour, sans le contraindre et dans le total respect de sa liberté. Dieu ne nous crée que pour nous aimer et pour nous rendre capables de l’aimer en retour. C’est la grande révélation biblique qui atteint son point culminant en Jésus de Nazareth.
De cette priorité de l’amour de Dieu pour nous et de notre amour pour lui, vient le second commandement. Comment aimer Dieu sans aimer avec Lui notre prochain, créé lui aussi par amour et en vue d’une communion dans l’amour ? C’est à la communion avec Dieu que mon prochain, et moi-même avec lui, sommes appelés. Dès lors, comment exprimerions-nous notre foi en cette commune vocation à l’amour, si nous ne nous percevions pas les uns les autres au plus près de nos situations et de nos besoins réels, et non selon nos seules impressions épidermiques et nos seuls sentiments éphémères ?
La Parole de Dieu ne nous laisse pas dans le doute. Ainsi parle le Seigneur : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Égypte. Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. Si tu les accables et qu’ils crient vers moi,
j’écouterai leur cri. […] Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. » Quel réalisme ! Comment être plus concret ?
Notre amour du prochain, mis en œuvre au quotidien, dans l’accomplissement de nos obligations familiales et professionnelles, civiques et religieuses, est appelé à ne faire qu’un avec l’amour que nous nous portons à nous-mêmes. Notre vocation divine à l’amour de Dieu et du prochain, s’inscrit dans la prise en compte de notre dimension humaine, tant personnelle que sociale. Et notre humanisation s’éclaire et reçoit son sens ultime de l’appel que Dieu nous adresse. Inséparabilité de l’amour voué à Dieu et de l’amour voué au prochain ! Ils rejaillissent l’un sur l’autre ! Notre cœur, parfois écartelé, ne peut en être déchiré. Il nous revient de l’unifier !
