Matthieu 14, 12-23
Les chrétiens de Terre-Sainte appellent de tous leurs vœux le retour des pèlerins. En effet, pour la plupart d’entre eux, c’est leur seule source de subsistance. Depuis le début de la guerre, ils sont dans les ténèbres de la précarité, du désarroi, voire du désespoir.
Ceux qui, par le passé, ont pu se rendre en Galilée, se souviennent de ces hauts lieux de pèlerinage : Nazareth et les figures de Marie et de Joseph, Cana et le signe du vin des noces, Tabgha et la multiplication des pains, et bien entendu Capharnaüm. De ce bourg, il ne reste que des ruines : celles de la Synagogue ou de la maison de Pierre. De là, on peut contempler le lac et les collines environnantes, paysage familier de Jésus. On y devine cette route de la mer qui faisait, de la petite ville, un lieu de passage et, de la Galilée, cette région où les nations se croisent, où les cultures s’entrechoquent. Pour certains, la religion y est moins pure. Ce n’est certes pas de cette terre foulée par des païens que l’on pouvait attendre le retour du Messie. On peut dès lors comprendre l’option de Matthieu de faire sienne la citation d’Isaïe évoquant cette route de la mer, les terres de Zabulon et de Nephtali, bref la Galilée, comme ce pays sur lequel une lumière s’est levée.
Si Jean le Baptiste avait annoncé l’avènement du Royaume, son temps est désormais révolu. S’engage alors le ministère du jeune rabbi nommé Jésus. Pour ses débuts, il ne choisit pas Jérusalem, pourtant cité religieuse par excellence. Il opte pour ce pays de rencontres où les populations sont mélangées et où les gens vivent bien modestement. Souvent, en ces temps de carence, leur quotidien est ténébreux, leur rude labeur rapporte peu et les perspectives ne semblent guère encourageantes. Pour les coreligionnaires de Jésus, une espérance reste pourtant rivée en leur cœur : "Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière."
Pour Simon et André, Jacques et Jean, cette lumière prend visage ; elle se nourrit de paroles. Ce qui, jusqu’il y a peu, paraissait si loin, quasi inespéré, semble tout à coup à portée de main. En effet, Jésus ne cesse de le proclamer : "Le Royaume des cieux est tout proche." Son avènement ne dépend pas du mérite des hommes ni de leur jeûne ni de leur sacrifice. Sa venue n’est pas conditionnée à des holocaustes ou encore à la souffrance. Il est là à hauteur d’homme." Convertissez-vous! " dit le maître de Galilée, retournez-vous, ouvrez les yeux et les oreilles de votre cœur et accueillez-le en vos vies. Car, en effet, il est perceptible dans ces paroles qui encouragent et réchauffent, dans ce regard qui fait exister et remet debout, dans ces gestes qui réconfortent et guérissent. Oui, la Bonne Nouvelle du Royaume était actuelle hier, au bord du lac, elle l’est aujourd’hui, là où les hommes et les femmes décident de mettre l’Evangile au cœur de leur vie.