11ème Dimanche du TO

Mt 5,17-37

Les fêtes et solennités de ces derniers jours nous ont mobilisés pour entrer davantage dans le mystère d’amour de Dieu pour tous les hommes. Solennité du Sacré coeur de Jésus, où son Amour infini Sauveur rejoint chaque homme, indépendamment de sa croyance, pour le conduire à la vie de l’amour divin. Et solennité du coeur Immaculé de Marie honoré spécialement par notre communauté, comme le réceptacle de l’amour divin et exemple éminent pour les disciples que nous sommes. Où s’originent ces appelations ? Elles ne sont pas des inventions de l’Église dans son histoire. Elles trouvent leur origine dans l’évangile, dans la vie de Jésus, de Marie sa mère, des disciples en particulier les Douze apôtres. C’est pourquoi les textes de la liturgie d’aujourd’hui peuvent être inspirants pour notre vie de foi.
    L’évangile de ce jour est situé au cœur du ministère de Jésus en Galilée et il commence par un sommaire de l’activité de Jésus. Il voit les foules. Le regard de Jésus porte sur chacun en particulier, il voit le coeur de chacun, ce n’est pas la quantité qui le touche, c’est la situation de chacun en particulier. Il voit le peuple de Dieu, démuni de guide spirituel, qui est dans une situation déplorable. Alors, son coeur va parler. Il est remué aux entrailles. Il a pitié de ces foules, il est pris de compassion ; il s’agit d’une miséricorde, messianique et divine. Car la pitié de Jésus révéle le coeur de Dieu, et elle va déboucher sur un agir sauveur. En s’adressant aux disciples, il ne s’arrête pas à la difficulté des temps, il voit au-delà, il voit le devenir de ces hommes et de ces femmes en quête de sens. Et son coeur d’amour voit la moisson et elle est abondante, c’est à dire, que le temps est venu de sauver tous les hommes, de les sauver de la fin d’un monde qui va à sa ruine. Une œuvre immense est à accomplir, c’est d’engranger les élus. Or les ouvriers sont peu nombreux. Jésus le Messie veut des coopérateurs, il ne fera pas tout lui-même. Puisque c’est Dieu qui a l’initiative du salut définitif de l’humanité, c’est à lui qu’il faut demander des aides pour réaliser son œuvre. Et cette demande, c’est entrer en relation avec le Père, écouter son appel, se rendre disponible, rendre son coeur disponible. La prière, l’essentiel de la vie du moine ou la moniale, mais aussi de tout disciple de Jésus. Car la prière débouche sur l’action. Et cette action, c’est l’action-même de Jésus mais multipliée. Action de réconciliation, action de guérison, action de communion, action de résurrection, car tant de gens sont enfermés dans leurs doutes, dans leurs angoisses, leurs ranceurs et leurs insatisfactions qu’ils en crèvent. Et agir pour eux, c’est leur donner du sens à vivre, c’est leur communiquer la vie de Jésus, c’est leur ouvrir l’avenir du Royaume de Dieu.
    C’est ainsi qu’est introduit le récit de la mission. Jésus convoque les douze disciples, il leur donne à chacun un nom, comme une investiture apostolique, ils deviennent les fondateurs du nouvel Israël participant au pouvoir salvifique de Jésus-Sauveur. Appelés les Douze, comme apôtres, ils sont le signe que la mission de Galilée anticipe et prépare la mission universelle d’après Pâques. Ainsi, ces Douze, sont-ils envoyés en mission. Notons que l’envoi en mission est distinct de la vocation. Chez les prophètes, il se faisait par une intervention spéciale et personnelle de Dieu. Jésus, qui est l’Envoyé par excellence, l’envoyé du Père, envoie à son tour les Douze, au nom même de Dieu. Et pour chacun, il s’agira de commencer là où c’est proche, là où c’est familier, autour de soi. Plus tard, on pourra penser à l’ailleurs.
    Puis, nous est proposé le discours de mission. Dans ce discours, Matthieu qui a recueilli les recommandations que Jésus donnait à ses disciples quand il les envoyait en mission en Galilée montre bien qu’au départ, le champ de l’apostolat est limité. Comme Jésus, ils doivent s'occuper des brebis perdues de la maison d’Israël. En effet, dans le plan de Dieu, c’est d’abord à Israël que la Bonne Nouvelle du salut doit être annoncée. Mais il y a la manière, la bonne manière missionnaire, qui est celle de faire ressentir comment Dieu se fait reconnaître comme un Père d’amour et montrer par Jésus, et comme lui, il partage tout son bien aux humbles, aux faibles, aux petits. Pas comme fait le monde qui met en exergue les riches et les puissants, mais comme Jésus, en signifiant l’actualité du Royaume de Dieu par des actes qui sauvent, qui sont les miracles de l’amour. Par ceux-ci, Jésus révèle que Dieu vient sauver tout l’homme : son cœur et son corps, et gratuitement.
    Nous pouvons ainsi comprendre que ce coeur de Jésus est rempli d’amour pour nous, il nous aime et nous relève pour que, à notre tour, unis à lui, nous fassions de même pour tous nos frères.

                                                                                                                                      P. Jean-Michel         Père Jean-Michel