15ème Dimanche du TO

Mt 5,17-37

L’évangile d’aujourd’hui ouvre un cycle de plusieurs dimanches, avec les paraboles du Royaume. Il s’agit d’un enseignement de Jésus que l’on retrouve chez tous les évangélistes, avec des variantes, bien sûr, en fonction des publics auxquels les auteurs s’adressent. L’enseignement par parabole utilise des images qui parlent au coeur des auditeurs ; il ne s’agit pas bien sûr de moyens numérisés de communication que nous connaissons, c’est un enseignement par contact, de bouche à oreille, y compris quand on a affaire à des groupes nombreux, on parle même de grandes foules à qui Jésus s’adresse, assis dans une barque au bord de la mer de Galilée.
    « Voici que le semeur sortit pour semer, et comme il semait etc. » vous connaissez bien la suite. On parle du semeur et on parle de la semence, elle est semée en abondance, partout, sans distinction. La semence, c’est la Parole de Dieu. Dieu sème sa Parole partout, sans distinction, sans sélectionner les bons ou mauvais endroits. Pour lui, tout est bon endroit, tout est bon pour recevoir sa Parole. Et cette Parole, c’est quoi, en fait ? Nous savons que la Parole de Dieu c’est éminemment ce qui est annoncé dans la Bible. Donc, lire la Bible c’est écouter la Parole de Dieu. Mais Dieu parle-t-il uniquement dans la Bible ? Sans doute que non, car tous ceux qui ne lisent pas la Bible en seraient exclus ? Dieu parle par les événements. Dieu parle par la bouche des enfants, des tout-petits, nous dit le Psaume. Dieu parle à travers l’histoire des hommes. Et par là on voit que ce n’est pas si facile d’accueillir la parole de Dieu, car il s’agit d’abord de la discerner et discerner la parole de Dieu, c’est quand on est croyant, faire appel à l’Esprit saint, c’est quand on en est membre, faire appel à la communauté de l’Église, c’est quand on est un simple chercheur de Dieu, entrer dans un cheminement d’intériorité. Entendre la Parole, précède écouter la Parole. Écouter la Parole, c’est l’intérioriser et la mettre en pratique. Mais les obstacles en sont nombreux, qu’ils viennent de la nature des choses, ou qu’ils viennent du cœur de l’homme, de sa volonté, ou de son désir. Et la parabole va nous parler des distractions, des remises en question, des choses matérielles qui bloquent, de la séduction de la richesse etc. Mais la parabole va nous parler aussi de la bonne terre qui produit au centuple. Où est cette bonne terre ? Elle a surmonté tous les obstacles et ceux venant du cœur des hommes. Elle donne à profusion ce qu’elle a d’abord reçu. Et il s’agit de nos vies, capables de donner beaucoup, pourvu que nous acceptions de nous donner.
    La semence c’est le Christ lui-même. Il est « La » Parole de Dieu, il est le Verbe par qui tout a été fait, il vient chez les siens. Mais il n’est pas toujours accepté. Les siens, dit même saint Jean, ne l’ont pas reçu. La Parole est venue, elle a été rejetée, annihilée, mise en croix. Or le Christ se compare chez saint Jean, à une semence qui donne sa vie, qui meurt pour donner beaucoup de fruits. Et qui doit accepter de disparaître, pour permettre à la terre de donner son fruit. Le Christ, Parole de Dieu, est venu à nous, il a été mis sur la croix. Et désormais, sa parole c’est sa croix et cette croix donne le sens à nos vies. Aucune vie n’est exempte d’échecs, et de toutes sortes. Dans la vulnérabilité de nos vies, Dieu nous parle par la croix du Christ. Il s’est approché de nous, il est venu à nous, il habite en nous et c’est pourquoi il nous parle. Non pas pour rester dans la souffrance ou le deuil, mais pour nous donner sa vie, la vraie vie qui nous sort de tous les obstacles qui encombraient l’existence et qui nous cachaient le chemin du bonheur, énoncé à la manière de Jésus « Heureux les pauvres, heureux les coeurs purs, heureux les affamés de justice ... »
    Dès lors, ils en sont bien loin, et nous peut-être, qui prétendent afficher avec fracas une identité chrétienne sans l’évangile ! parce qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre ; ils sont bien loin qui sélectionnent la Parole à leur guise, en annulant le rapport aux frères désemparés et aux étrangers, parce qu’ils se sont bouché les yeux, et regardent sans regarder ; ils sont bien loin, qui prennent leur opinion subjective pour la vérité et négligent l’objectivité de la Parole dans les domaines de la foi, des sciences, ou de la Tradition, parce que leur coeur s’est alourdi et ils sont devenus durs d’oreille ! Dieu parle, sa parole retentit, il se donne nous le célébrons et communions à lui à l’eucharistie. Oui, Dieu continue à se livrer entre nos mains en Jésus. Qu’en avons-nous fait ?

                                                                                                                                      P. Jean-Michel         Père Jean-Michel