Comme cet évangile est lumineux et coule de source ! C’est évident que cet homme devait pardonner ! C’est évident que cet homme est odieux en étant impitoyable avec celui qui ne lui devait qu’une petite somme, dérisoire par rapport à celle que lui-même devait !
Oui… Mais comment se fait-il que ce soit si évident de pardonner dans l’évangile et si peu évident dans nos vies ?
Tout le monde connaît l’histoire du roi David : vers la fin de son règne, il s’était fait construire un palais pour y terminer sa vie. Un jour, le prophète Natan vient le trouver et lui dit : « Dans ton Royaume, il se passe une injustice gravissime : un pauvre a été victime d’un abus d’autorité et de droit : il a été dépouillé, spolié de tout et il va être tué ». David réagit aussitôt : « Il faut châtier l’homme qui a fait cela ». Et Natan lui dit : « C’est toi, cet homme ! ».
L’évangile d’aujourd’hui nous dit : « l’homme à qui il a été beaucoup pardonné et qui à son tour ne pardonne pas, c’est toi ! »
Nous sommes comme David : nous indignant vite sur les autres mais aveugles sur nous-mêmes. Et quel mal avons-nous donc commis ? On n’a pas tué père et mère !
Pourtant l’évangile nous dit : « si ce n’est pas toi cet homme, ça pourrait, ça aurait pu être toi ! ». Notre éducation humaine et chrétienne, les bons exemples que nous avons eu sous les yeux, les circonstances impossibles que nous n’avons pas connues, nous ont évité bien des chutes. Mais si nous avions été abandonnés à nous-mêmes à la naissance ou très jeunes, si nous avions été dans les circonstances de celui dont on s’indigne, peut-être aurions-nous été pires que lui et pardonnerions encore moins que lui dans l’évangile.
Avec des SI, me direz-vous, on pourrait dire beaucoup de choses. Un jour, aux habitants du bord du lac de Tibériade qui ne se convertissaient pas malgré la prédication de Jésus et ses miracles, Jésus leur dit : « SI les miracles accomplis chez vous l’avaient été à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que ces villes se seraient converties et fait pénitence sous le sac et la cendre » (Mt. 11, 21). Et aux habitants de Capharnaüm : « SI les miracles accomplis chez toi l’avaient été à Sodome et à Gomorrhe, il y a longtemps que ces villes se seraient converties et auraient fait pénitence sous le sac et la cendre ». Il en est de même pour nous : Si le grand pécheur de l’évangile d’aujourd’hui avait eu nos grâces , nos
Un jour, une dame de Bayonne a témoigné au procès de béatification du P. Cestac, de Bayonne, le fondateur des Soeurs Servantes de Marie au Refuge et des Bernardines. Cette dame avait connu le P. Cestac enfant. Puis elle s’absenta de Bayonne plusieurs années. Elle y revint quand le P. Cestac venait d’être ordonné prêtre. Elle le croisa dans une rue et ne le reconnut pas d’abord. Puis elle se souvint : « Ce prêtre est l’enfant que j’avais rencontré autrefois ». ET elle témoigna : « Quand je l’ai rencontré enfant, je m’étais dit : cet enfant fera un bandit ou bien il sera un saint ». Nous aussi, c’est pareil : même si nous sommes des petits saints, nous avions tout ce qu’il fallait pour faire un grand pécheur. Rien que cela devrait nous pousser à la compréhension, à la miséricorde, à ne pas condamner et à pardonner.
Il y a cependant une autre difficulté : on veut bien pardonner mais la blessure saignante de l’offense est là. On ne peut pas pardonner. Le Christ connaît notre situation et bien plus que nous. On est là au cœur de la suite du Christ. Alors, il faut prier comme saint Augustin : « Seigneur, commande-moi ce que tu voudras, mais donne-moi la force de l’accomplir ». Et Dieu donne cette force. Et ce qui va avec : la paix, la joie intime, la charité. Et la vie est transfigurée. Cela ne se voit pas sauf chez les personnes qui vont mourir. Après un pardon, elles partent en paix, sereines, pleines d’espérance, souriantes. C’est la Lumière du Christ.
Cet évangile n’est pas un obstacle insurmontable. Il est une béatitude : « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde ! »
P. Marc 