6ème Dimanche du Temps pascal

Celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. Cette déclaration de Jésus a de quoi nous mettre dans la paix et nous combler de joie. Si nous sommes assurés de l’amour que Dieu nous porte, aussi pécheurs que nous nous reconnaissions, comment ne nous sentirons-nous pas en paix, au plus profond de nous-mêmes ? Et quoi de plus précieux que de se sentir en paix avec soi-même et avec Dieu ? Mais pouvons-nous prétendre que notre présence ici, pour cette célébration, prouve que nous aimons Jésus ?
Ce dont Jésus nous assure, c’est que son amour nous précède toujours : comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés (Jn 15,9. L’amour de Jésus pour nous ne dépend pas du nôtre pour lui ; c’est son amour qui suscite celui que nous avons pour lui. Et l’amour que Jésus nous porte est l’amour dont il est Lui, le premier, aimé de son Père. Oui, c’est par Amour que Dieu nous crée à l’image de son Fils. C’est par amour que Dieu a envoyé son Fils dans le monde. C’est par amour de tous ceux que son Père lui donne que Jésus a exercé sa mission dans le monde et l’a menée à bien, en nous aimant jusqu’à la fin. C’est par amour que Jésus envoie son Esprit, l’Esprit de Dieu, afin que nous puissions reconnaître de quel amour nous sommes aimés, et à quel amour nous sommes appelés.
Ainsi, vivre en chrétien, c’est, comme Jésus, avec Jésus et grâce à Jésus, vivre avec la conscience d’être aimé de Dieu, comme un enfant. Et, à partir de là, c’est se reconnaître appelé à communier à l’amour que Jésus porte à son Père et à ses frères et sœurs en humanité. Vivre en chrétien c’est s’ouvrir à ce courant d’amour qui nous atteint, c’est se plonger, s’immerger en lui, avancer dans sa direction, en se laissant entraîner par lui.
Mais pouvons-nous être certains de notre ouverture à cet amour qui nous est prodigué ? Une seule preuve nous en donne l’attestation : notre persistance à poursuivre notre marche sur le chemin de la conversion : si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Cet appel à notre fidélité va-t-il chasser de nos cœurs la paix que nous souhaiterions tant goûter, alors que nous peinons tant à demeurer fidèles ? Jésus ne nous abandonne pas à l’inquiétude. Il nous promet de prier pour que nous restions accueillants à celui qu’il appelle le Défenseur, l’Esprit de Vérité.
Quelle mission l’Esprit remplit-il à notre égard ? Il nous appelle à reprendre sans cesse le combat de la fidélité, à nous réajuster à l’appel de Jésus, à nous réajuster à nous-mêmes, à notre vocation filiale et fraternelle, vocation qui participe de la vocation de Jésus. L’amour demeure une route à parcourir. Il n’est d’emblée ni total, ni parfait. Jésus le sait. Il sait combien nous restons fragiles, souvent tentés de nous préférer, craintifs de nous perdre si nous nous donnons sans mesure. 
Cette route de l’amour, Jésus la parcourt avec nous, en nous assistant de son Esprit. Jésus fait sien notre combat. Jamais il ne se décourage de nos chutes ni ne désespère de notre relèvement et de notre remise en route. Dieu continue ainsi de nous manifester son amour. Et nous continuons de nous exercer à lui manifester le nôtre, sans capituler et dans l’espérance.
Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai,et je me manifesterai à lui. Alors, frères et sœurs, comment ne pas aller de l’avant, dans la Paix ? 

                                                                                                                       P. Jacques