Heureux sommes-nous de croire sans avoir vu.
Heureux sommes-nous de connaître l’évangile selon saint Jean qui a été écrit pour que nous croyions que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, nous ayons la vie en son nom. Croire en Jésus de Nazareth, croire qu’il est passé en faisant le bien, croire que, jusqu’au bout, bravant les oppositions, il a livré sa vie par amour de l’humanité, croire que Dieu l’a ressuscité, croire cela, ce n’est pas affaire d’adhésion à une doctrine, à une théorie, à un mythe intemporel, avec le désir de donner un sens à notre existence. Croire en Jésus ressuscité, c’est nous ouvrir à la lumière, au pardon, à la plénitude du salut que Dieu a donnés et offre en Jésus, venu au monde, en Judée, sous Ponce Pilate.
Fort de son vécu avec Jésus, saint Pierre, dans sa première lettre, exulte en bénissant Dieu et en nous invitant à exulter et à bénir Dieu, avec lui. Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Pourquoi bénir et louer Dieu, en exultant ? Parce que dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance, grâce à la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts. Pierre nous exhorte à nous ouvrir au débordement de miséricorde que Dieu déverse sur le monde en arrachant à la mort, Jésus que les hommes ont rejeté et exécuté.
Oui, frères et sœurs, nous exultons parce que Dieu mène à son accomplissement, ce que Jésus a annoncé et inauguré au long de son existence terrestre, par les guérisons, réconciliations, libérations, largement dispensées. C’est là ce que Dieu, son Père, offre à la multitude de ses enfants dispersés. Ce que Jésus réalisait n’était qu’un début promis à une plénitude encore attendue. Cette plénitude, nous ne la rêvons pas, nous n’en formulons pas un vain souhait. Nous nous disposons, dans une vivante espérance, à accéder à cette plénitude, en partageant la foi de Jésus, en cheminant sur ses pas.
Dans sa foi en Jésus ressuscité, saint Pierre présente cet accomplissement comme obtention d’un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. Cet héritage demeure inimaginable pour nos esprits conditionnés par l’espace et le temps, mais il n’en est pas moins réel. Cet héritage, Jésus le suggérait dans ses paraboles ; il évoquait ce monde de Dieu en vue duquel nous sommes créés, ce monde qui n’est pas sans rapport avec ce que nous goûtons déjà lorsque nous aimons en vérité, lorsque nous contemplons la beauté, comme lorsque nous agissons en cohérence avec le meilleur de nous-mêmes. Ne sommes-nous pas alors attirés comme au-delà de nous-mêmes ?
Cet héritage vous est réservé dans les cieux, poursuit saint Pierre, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, pour un salut prêt à se révéler à la fin des temps. L’entrée dans cet héritage sera immersion, non pas dissolvante mais immersion qui personnalise, immersion dans le mystère d’Amour qui n’est autre que Dieu lui-même. Jésus est venu pour nous ouvrir à cette perspective, pour en rendre possible l’accès, par sa mort et sa résurrection. Avec Jésus, nous serons cohéritiers de Dieu. Voilà ce qui pousse saint Pierre à bénir Dieu, à exulter, avec le désir de nous entraîner dans sa bénédiction et son exultation.
S’il nous faut traverser les épreuves présentes, les dérèglements et déchaînements de passions insensées, génératrices de violences et de guerres, que ces épreuves soient à même de vérifier la valeur de notre foi qui a bien plus de prix que l’or. Dieu nous en fasse la grâce. Qu’il nous accorde de croire que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, sans avoir vu, nous ayons la vie en son nom.
