4ème Dimanche de Pâques

Chaque année, ce dimanche, 4ème de Pâques, est un jour de prière pour les vocations. On peut penser à toutes sortes de vocations, bien sûr, depuis les plus terrestres jusqu’aux plus élevées. Vocation vient du verbe appeler ou plutôt être appelé. On est appelé à faire quelque chose de sa vie. Et on peut aussi se donner une vocation, en exerçant des capacités qui auront des effets sur les autres. Que ce soit les leaders en tous genres, jusqu’aux influenceurs qui encombrent parfois les réseaux sociaux. Maintenant, éloignons-nous des formes mondaines de la vocation pour nous concentrer davantage sur ce qu’est le désir du Seigneur, à la lumière de l’évangile qui nous est offert et que nous devons d’abord situer.
    Cet extrait de l’évangile de saint Jean se place en effet dans un contexte polémique, après la guérison de l’aveugle de naissance. Jésus a guéri un homme, il a exercé sa vocation de relever les cœurs meurtris, de donner la vue aux aveugles, et aux affligés la joie. Mais les reproches fusent de la part des guides officiels du peuple, « il n’a pas le droit », c’est interdit un jour de sabbat. Jésus va alors inverser la situation : ne peuvent voir que ceux qui croient car ils voient la lumière, et restent aveugles ceux qui s’endurcissent dans leur refus de bouger, ils sont dans les ténèbres. Et ils prétendent guider le peuple ! De ce fait, Jésus va distinguer les faux bergers du vrai berger. L’image du berger dit celui qui guide les autres. Il rejoint tranquillement le troupeau en passant par l’entrée de la bergerie, et par un autre côté, y entre celui qui est habité de mauvais sentiments, voulant voler les âmes, ou les disperser ? Sont visés les faux bergers, ils peuvent être de toutes sortes et dans leur hypocrisie, capter l’attention, tromper, entraîner dans l’insatisfaction et la désillusion. Nul besoin d’aller vérifier les comportements du monde politique, ces faux bergers peuvent très bien se trouver dans nos communautés. Mais le berger, le vrai, a cette particularité qu’il connaît personnellement ses brebis, parce qu’il les aime et que ces brebis, en retour, reconnaissent sa voix d’amour et vont le suivre quand il les appelle chacune par son nom. Elles lui font confiance et lui aussi. Et on imagine la joie de ces brebis aimées qui suivent l’amour qui les conduit... Pourtant, cette parabole n’a pas convaincu les pharisiens... Alors Jésus introduit une nouvelle parabole avec l’image de la porte.
    Jésus s’annonce comme étant lui-même « la porte des brebis ». Il y avait dans l’esplanade du Temple de Jérusalem une porte qui s’appelait comme ça. Jésus ne dit pas « je suis la porte de la bergerie » il dit « je suis la porte des brebis ». ça veut simplement dire qu’il est la porte spirituelle, la porte par laquelle on doit entrer pour rencontrer Dieu. Ce n’est pas une porte physique, c’est une porte vivante, où on reçoit la vie pour cheminer à la rencontre de Dieu, pour trouver la nourriture pour son âme, ouvrir son cœur et le réchauffer à la lumière invisible qui éclaire tout homme. « Je suis la porte » fait le passage entre ce monde et l’autre, entre l’encombrement de l’esprit et la simplicité du cœur, entre le défaitisme général et l’espérance qui soulève le monde. Trouver cette porte c’est comme trouver un trésor, alors, on se défait de tout ce qu’on possèdait pour l’acquérir et y demeurer. Cette porte ouvre sur un monde nouveau vers lequel on chemine très facilement avec un guide sûr qui est Jésus lui-même. Alors, on se rend compte que la porte qu’on recherchait dans sa vie, s’ouvre par elle-même, elle est la porte qui donne le secret du bonheur, et elle est là, donnée, offerte à la conscience, comme une invitation à passer en elle, et à travers elle, retrouver le guide qui s’était offert en se faisant lui-même « la porte » pour conduire à Dieu. Il peut nous dire « je suis la porte étroite qui vous conduira à la vie » et « n’ayez pas peur de l’ouvrir, elle est déjà ouverte, il suffit d’entrer ». En se désencombrant de ses attaches, en se libérant des soucis terrestres, en accueillant l’épreuve qu’on peut résumer à «ne maîtriser les événements de sa vie», en s’approchant les mains vides, « sans bâton, ni sac, ni vêtement de rechange », alors va s’ouvrir pour nous la porte de la miséricorde, c’est à dire la porte de l’amour total, celle qui nous donne la vraie joie que nul ne pourra nous ravir. Certes, le chemin ne s’achèvera pas tout de suite, seulement quand on aura atteint la rive ; la porte que l’on verra transparente nous sera grande ouverte pour nous introduire en Dieu.
    Notre dimanche est une journée de prière pour les vocations, pas seulement pour organiser la vie de l’Église ou suppléer à ses besoins. Mais souhaitons plutôt, que se révèlent, au milieu de nous, des frères et des sœurs dont le témoignage saura, et nous inviter et nous montrer la porte qui ouvre sur la vie, la vraie, celle du vrai berger, le bon, le doux, qui est Jésus lui-même.

Père Jean-MichelPère Jean-Michel